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Piratage de la DGFiP : des centaines de victimes attaquent l’État en justice
Depuis lundi, l’État fait face à une action collective. En effet, l’avocat au barreau de Béziers spécialisé en protection des données personnelles, Me Jérémy Roche, a annoncé sur franceinfo que « plusieurs centaines de personnes » victimes du piratage des impôts de cet été ont rejoint cette démarche. L’objectif : obtenir réparation des préjudices subis.
L’action s’appuie sur l’article 82 du RGPD, en vigueur depuis 2018 : toute personne ayant subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation du règlement peut réclamer réparation au responsable du traitement, ici l’État. Un fondement encore peu mobilisé en France pour les fuites massives, que le cabinet veut faire valoir devant la justice administrative.
Pour rappel, la DGFiP a confirmé le 14 août deux intrusions, survenues fin juin et fin juillet, avec le vol de données touchant au moins 678 000 particuliers et professionnels.
Entre la première intrusion, fin juin, et l’annonce publique du 14 août, près de sept semaines se sont écoulées. Et la DGFiP n’a communiqué qu’au lendemain de la revendication du pirate. Ce délai, autant que la fuite elle-même, pèse dans le débat sur la responsabilité de l’État.
Les données exposées concernent les noms, adresses, revenus fiscaux ou encore les quotients familiaux. Autant d’informations permettant de monter des arnaques crédibles, voire des cambriolages.
Pour rejoindre l’action, il faut avoir vraiment été victime de la fuite. La plupart des personnes concernées invoquent au moins un préjudice moral, explique l’avocat. Certaines se sentent carrément en danger, notamment des professions sensibles dont l’adresse et la situation familiale se retrouvent exposées. D’autres ont déjà reçu des tentatives d’arnaque.
Autre point concret, les frais de sécurisation. « Si au vu de votre situation, vous arrivez à démontrer que vous avez dû installer une alarme, des caméras, etc., vous pouvez en théorie envoyer la facture effectivement à l’État », précise l’avocat.
Ce piratage n’a rien d’un cas isolé malheureusement. La DGFiP avait déjà été la cible d’un piratage exposant plus d’un million d’IBAN. En outre, l’Éducation nationale a connu sa troisième fuite de l’année 2026, avec 1,22 million d’élèves concernés. De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni une cellule de crise.
Dans le cadre d’un exposé des motifs d’une proposition de commission d’enquête, le Sénat affirme que la France est devenue le deuxième pays le plus piraté au monde en 2026, et le premier en Europe.
Pour les 678 000 victimes, l’action collective ne rendra pas les données volées. Elle permet en revanche de mettre l’État face à ses responsabilités et, peut-être, d’accélérer la mise en place de mesures essentielles pour remettre la sécurité des plateformes au niveau et restaurer un minimum de confiance auprès des citoyens et citoyennes.