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Actualité : "Il n'y a pas de plan" : Bill Gates demande au monde de se préparer à l'IA avant qu'il ne soit trop tard
En plus de quinze ans de journalisme tech, peu de textes m'ont autant secoué. Bill Gates, 70 ans, cofondateur de Microsoft, vient d'écrire noir sur blanc que l'intelligence artificielle pourrait détruire massivement des emplois, creuser les inégalités et échapper à tout contrôle. Sa conclusion, glaçante : personne ne se prépare.
© Alexandros Michailidis - Bill Gates, cofondateur de Microsoft et président de la Gates Foundation.
Bill Gates a 70 ans, une fortune consacrée à la philanthropie et, depuis cinquante ans, une foi tenace dans le progrès technique. Alors quand il écrit, le 26 août 2026 sur son blog GatesNotes, que l'innovation peut désormais produire des conséquences "globalement négatives", le séisme est réel.
L'homme qui n'a cessé de vanter les bienfaits du numérique admet, pour la première fois aussi frontalement, que la technologie qu'il a contribué à bâtir pourrait dévaster des pans entiers de l'économie mondiale.
Nous ne nous y préparons pas. Je ne vois aucune preuve que les dirigeants, les experts et les communautés affrontent ces défis de manière adéquate. Il n'existe aucun plan pour faciliter l'entrée dans l'ère de l'IA.
Le passage central est d'une sécheresse rare sous sa plume. Gates y constate qu'aucun dirigeant, aucun expert, aucune communauté ne prépare sérieusement l'entrée dans l'ère de l'IA. "Il n'y a pas de plan", écrit-il. Trois mots, aucune nuance. Et il prend soin, avant de dérouler son argumentaire, de reconnaître un biais potentiel : il a énormément profité de l'industrie tech, conserve des liens financiers avec elle, et travaille avec Microsoft et d'autres entreprises d'IA dans le cadre de la fondation Gates. Tous ses profits, précise-t-il, iront à la fondation. Au lecteur de juger si cela altère son regard.
Gates identifie trois risques majeurs. Le premier, le plus tangible : la destruction massive d'emplois. Les postes en vente, support client, ingénierie logicielle, travail juridique sont déjà touchés. Il observe que l'emploi des jeunes travailleurs dans les métiers vulnérables a sensiblement chuté depuis l'adoption de l'IA générative, comme nous vous l'expliquions il y a peu, alors que leurs collègues plus âgés restent épargnés. La disruption va s'étendre à l'analyse de données, au tri des patients, à l'évaluation des dossiers de crédit.
L'IA sera soit le plus grand outil d'égalité jamais inventé, soit la pire source d'injustice.
Les cols bleus ne seront pas épargnés. Gates souligne que beaucoup d'Américains ignorent la vitesse à laquelle les robots agiles progressent, car l'essentiel de la recherche se fait en Chine. Il anticipe que les robots "intelligents" commenceront à concurrencer les humains sur des tâches physiques, dans la construction ou l'hôtellerie, d'ici la fin de la décennie. Rappelons que la semaine dernière, le premier robot humanoïde a réussi à surpasser la vitesse de pointe d’Usain Bolt.
Sa préoccupation la plus vive concerne la jeunesse, qui arrive sur un marché du travail où les postes d'entrée se raréfient. Ces jeunes voient les capacités de l'IA de près. Leur défiance, écrit-il, est parfaitement rationnelle.