// LES NUMÉRIQUES — HARDWARE & GADGET
Actualité : Pourquoi le meilleur clavier du monde est japonais (et n'est pas fait pour vous)
Voilà presque 30 ans que le clavier Happy Hacking Keyboard est devenu l'une des références ultimes des programmeurs du monde entier. Un succès qui s'explique par une philosophie radicale par rapport au reste du marché.
Quand on est un enthousiaste de la tech, et accessoirement un peu fêlé, la recherche du clavier parfait est une quête sans fin. Au-delà des questions de format, de switches ou de disposition, il y a un facteur indéfinissable qui peut tout gâcher, même quand tous les signaux semblent être au vert ; et quand on parle de l'interface la plus importante en informatique, c'est tolérance zéro. La passion est toujours la plus subjective des affaires, mais dans le domaine des boards pour puriste, il y a un nom qui met tout le monde d'accord : le HHKB.
Le clavier « HHKB » est né de l'impulsion du professeur Eiichi Wada, pionnier de la normalisation japonaise et internationale dans le domaine de l'informatique, aussi surnommé premier "hacker" du l'Archipel. Dès les années 60, il partage avec le théoricien nord-américain J. C. R. Licklider le rêve d'une microinformatique accessible et interconnectée à travers le monde, et réalise l'importance d'une interface universelle entre l'Homme et la machine. Une vision qui l'a poussé à contribuer au standard industriel japonais JIS X 0208 et 0212 qui permet le codage des caractères chinois sur les terminaux informatiques – soit le pont entre les jeux de caractères abstraits (alphabets, signes, idéogrammes) et leur représentation numérique.
Les fonctions secondaires sont accessibles via la couche Fn
Au vu d'un tel passif, son entreprise du milieu des années 90 – la construction d'un idéal platonique de clavier - est guère surprenante. Alors que la microinformatique est devenue accessible à (presque) tous, Wada se désole du manque d'uniformité dans la construction des périphériques de saisie. « Comme les claviers sont secondaires pour les fabricants de PC, ils privilégient la réduction des coûts de fabrication », explique-t-il après la sortie du KB01, le premier modèle de la gamme Happy Hacking Keyboard (ou HHKB) conçu après un an et demi de développement.
Quand les chevaux des cowboys américains mourraient en plein voyage, ils les abandonnaient. Mais même en plein milieu du désert, ils prenaient la selle avec eux. Le cheval est un consommable, mais la selle est l'interface à laquelle leur corps s'était habituée. De la même manière, les PC sont des consommables, tandis que les claviers en sont les interfaces importantes.
Inspiré du premier board pour Macintosh, le KB01 répond à une problématique de l'époque : chaque constructeur élabore sa propre disposition de clavier pour répondre aux besoins spécifiques de son système d'exploitation, ce qui mène à une expansion progressive du nombre de touches. Rien de pire pour Wada, qui veut trouver une solution universellement compatible sur tous les terminaux. Son interprétation du clavier est, de ce fait, dispensée de toute entrée superflue : 60 touches contre les 101 du populaire Model M d'IBM. Il est ainsi précurseur de la mode actuelle des claviers 60 % que l'on retrouve ça et là en objet tendance sur les réseaux sociaux.
Pas de pavé numérique, pas de touches fléchées ni d'îlot secondaire, et adieu la rangée de touches de fonctions - toutes les fonctions secondaires sont accessibles via la couche secondaire Fn, sans avoir à bouger les mains de leur disposition par défaut. C'est, aussi, une toute autre gymnastique à apprendre - en plus de la bascule vers l'unique disposition QWERTY proposée par le constructeur PFU. Difficile, en toute âme et conscience, d'en faire une recommandation unanime même auprès de nos lecteurs pétris d'idiosyncrasies.
C'est d'autant plus un coup de cœur que le feeling des HHKB est sans aucune mesure avec les boards disponibles dans le commerce. Pas de switches mécaniques « traditionnels », optiques ou magnétiques – depuis son deuxième modèle commercialisé en 1997, le HHKB sollicite des commutateurs « Topre »,