// LES NUMÉRIQUES — MOBILE & WEB
Actualité : Réparer son smartphone avec des pièces imprimées en 3D, une obligation “disproportionnée” selon les géants du net
Alors qu’un nouveau décret cherche à démocratiser la réparation de nos appareils électriques et électroniques via l’impression 3D, le principal syndicat du numérique en France fait part de son mécontentement face à la situation et tente de peser au niveau européen.
© PanuShot // Shuterstock - L’impression 3D au service de la réparation… mais pas des appareils électroniques ?
C’est censé être une petite révolution de la durabilité annoncée pour 2027, cela pourrait plutôt être un projet mort-né. Alors qu’au 1er janvier prochain, bon nombre de fabricants seront techniquement obligés de mettre à disposition des schémas de pièces détachées à imprimer en 3D, voilà que l’Afnum, syndicat français représentant entre autres Google, Apple, Amazon, Microsoft, Nvidia et d’autres, monte au créneau.
Dans une lettre ouverte indirectement adressée à la Commission européenne et repéré par l'Informé, le représentant des géants de la tech titre à boulet rouge sur ce projet et demande à Bruxelles d’y mettre son veto en invoquant des raisons légales, mais aussi des réserves sur des aspects de logistique et de sécurité.
Affirmant partager pleinement "les objectifs poursuivis par les pouvoirs publics en matière de durabilité des équipements numériques", l’Afnum voit malgré tous deux trois petites choses à redire sur cette obligation spécifique. Tout d’abord, elle fustige l’étude d’impact "insuffisante et contradictoire" mené par l’Ademe à ce sujet. cette dernière ne permettrait pas de savoir réellement si une telle idée est écologiquement pertinente ou non avance l'Afnum.
Si le rapport souligne en effet que "les avantages environnementaux de l’impression 3D ne sont pas flagrants et restent ainsi à démontrer", l’agence pour la transition écologique ne compare là que la production d’une pièce imprimée en 3D avec celle produite de façon "traditionnelle". Il n’est rien dit sur la possibilité que l’impression 3D ouvrirait pour les pièces indispensables à la survie d’un appareil et qui ne seraient plus disponible dans le commerce. Le même rapport souligne aussi que "dans les cas où la fabrication traditionnelle de la pièce de rechange aurait lieu hors de France, et en particulier dans une zone géographique avec un mix énergétique carboné, alors l’impression 3D pourrait bénéficier d’avantages sur d’autres indicateurs".
Sur le reste de ses arguments, l’Afnum est un peu plus pointu. Elle estime notamment que le champ d’application du décret est excessif, notamment pour les produits à "haute teneur technologique", secteur dans lequel l’impression 3D "ne dispose aujourd’hui des capacités techniques et des certifications nécessaires pour réaliser une réparation sûre des pièces concernées".
À noter tout de même que le décret prévoit bel et bien une exemption si l’impression 3D "ne peut pas être utilisée dans le respect de la sécurité des produits". Cette clause obligerait cependant les fabricants à mener une "évaluation technique complexe" qui semble être excessive pour le syndicat. Même son de cloche du côté des professionnels de l’électroménager, qui estiment que "le projet de décret impose des obligations susceptibles de créer des exigences perturbatrices au sein du marché unique et n’apporte aucune valeur ajoutée concrète aux consommateurs ni à l’environnement" note l’Informé.
Aucun acteur du marché de la réparation par impression 3D ne dispose aujourd’hui des capacités techniques et des certifications nécessaires pour réaliser une réparation sûre des pièces concernées
Là où cela semble plus bloquer en réalité, c’est sur la responsabilité logistique et législative que cela fait encourir aux constructeurs. La rétroactivité du décret (qui concerne les futurs produits, mais aussi ceux encore mis en vente au moment de sa date d’application) et l’absence de limite temporelle pour la mise à disposition des schémas 3D des pièces seraient contraires "au principe de sécurité juridique de l’Union" et excessivement contraignante, puisque cela obligerait les con