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Les réseaux sociaux sont-ils vraiment liés à la dépression ? Une étude de 11 ans apporte de nouveaux éléments
Pendant onze ans, une équipe de chercheurs américains a suivi 183 000 adultes pour mesurer le lien entre l’usage des réseaux sociaux et la dépression. Passé 150 minutes quotidiennes de connexion, le risque associé augmente sensiblement, selon leurs résultats.
Même si cette étude a été réalisée aux États-Unis, elle nous enseigne les effets de nos usages quotidiens des réseaux sociaux et leur impact sur notre santé mentale, notamment le risque de dépression.
Ce risque augmente nettement une fois dépassées 150 minutes de connexion quotidienne aux réseaux sociaux, selon cette étude américaine parue dans la revue npj Mental Health Research. Entre 2014 et 2024, des chercheurs de plusieurs universités, dont Northwestern et Stanford, ont suivi chaque année 183 000 adultes âgés de 18 à 70 ans.
Les volontaires renseignaient leur temps quotidien passé sur les réseaux sociaux et signalaient eux-mêmes leurs éventuels symptômes dépressifs. Les chercheurs ont ensuite appliqué un modèle d’apprentissage automatique pour repérer, année après année, le poids de cette variable parmi les facteurs associés à la dépression.
Chaque année, environ 16 700 personnes en moyenne ont répondu à ce sondage, soit 183 300 participants au total sur onze ans. Les chercheurs ont mesuré, grâce à un modèle de classification automatique, la contribution de chaque variable au risque prédit de dépression. Sur la période, celle attribuée aux réseaux sociaux a progressé, passant de 0,024 en 2014 à environ 0,04 en 2020 et 2021. Une précision globale de 0,71 à 0,75 ressort de ces calculs, avec une capacité de discrimination du modèle comprise entre 0,661 en 2014 et 0,739 en 2022 selon les années.
Le risque augmente de 0,26 % par minute quotidienne supplémentaire, soit environ 17 % par heure de plus. Cette progression est plus marquée à partir de 150 minutes de connexion quotidienne. Selon Martin Block, chercheur à l’université Northwestern et coauteur de l’étude, ce lien apparaît chaque année, y compris après avoir isolé l’effet de la pandémie de Covid-19.
Toutefois, le recrutement des participants a été confié à un prestataire commercial, et les données ont toujours été recueillies en janvier de chaque année, reconnaissent les chercheurs. Ils n’ont pas non plus séparé, dans leurs analyses, le simple défilement de contenus de l’usage plus actif des réseaux, comme la publication ou l’échange de messages. Enfin, ils rappellent avoir mesuré des symptômes autodéclarés, non un diagnostic clinique. Chaque année, ils ont aussi interrogé des personnes différentes, sans suivi individuel dans la durée. En raison de cette différence, les chercheurs ne peuvent pas établir de lien de cause à effet.
En France, le débat sur les dangers des réseaux sociaux porte surtout sur les mineurs, qui seront bientôt adultes. Et malgré une récente étude qui nuance certaines craintes, notamment sur leurs effets sur le cerveau, le 21 juillet, le Parlement a voté une loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, par 279 voix contre 81. Mais le Conseil constitutionnel a intégralement censuré ce texte le 14 août. Selon ses juges, la loi concernait l’ensemble des services de mise en relation, sans exception, sans laisser aux parents la possibilité de l’adapter à la maturité de leur enfant. En complément, le Conseil a relevé que la vérification d’âge prévue aurait nécessité la collecte de pièces d’identité, sans garantie légale suffisante encadrant cette collecte.
Au-delà des mineurs, une étude de l’Insee, publiée en octobre 2025 à partir de l’enquête EpiCov, a interrogé 65 423 adultes sur leurs usages numériques et leur santé mentale. Plus de la moitié des 18-24 ans déclaraient alors s’exposer à quatre heures ou plus d’écrans par jour, en dehors du travail ou des études. Chez les femmes de cette tranche d'âge qui consultent les réseaux sociaux au moins cinq fois par heure, la prévalence de symptômes dépressifs s’élève à 29 %, contre 18 % en moyenne pour l'ensemble des 18-24 ans.