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Dossier : “La fracture numérique s’accroît avec l’augmentation des prix” : comment la crise de la RAM met à mal le reconditionnement solidaire et les plus précaires
Frappant l’industrie du numérique de plein fouet, la pénurie de mémoire vive et de dispositifs de stockage pénalise tout particulièrement les populations les plus précaires. Celles-ci peinent de plus en plus à s’équiper, même auprès des associations de reconditionnement solidaire qui redoublent pourtant d’efforts pour maintenir leur indispensable travail de lien social.
© Action Numérique Solidaire - Les plus pauvres souffrent indirectement de la crise de la RAM
“Il y a un an et demi, j’achetais mes SSD 15 € ; maintenant, ils sont à 44 €. Les prix ont déjà triplé, alors que le gros de l’augmentation n’est pas encore arrivé”, se désole Michel Clech. Si sa frustration face à l'envolée des tarifs du stockage et de la RAM est partagée par quiconque ayant envisagé de changer d'ordinateur récemment, elle s'avère encore plus inquiétante venant du coprésident d'Ordi Grand Ouest, une structure spécialisée dans le reconditionnement solidaire.
L’augmentation démentielle du prix des composants générée par l’industrie de l’IA pénalise certes les constructeurs et les consommateurs désireux de renouveler leurs machines. Mais, en bout de chaîne, elle handicape surtout les profils les plus fragiles et éloignés du numérique. Précisément le public que Michel Clech cherche à soutenir.
Le reconditionnement solidaire, qui permet aux publics les moins favorisés de s’équiper en PC portables gratuitement ou pour une poignée d’euros, s’appuie sur un réseau d’acteurs de terrain disséminés sur tout le territoire. Or, ce secteur subit lui aussi de plein fouet la flambée des tarifs de la RAM et de multiples difficultés d’approvisionnement.
“J’ai une association dans le réseau qui m’a expliqué que, sur le dernier lot reçu, il n’y avait aucun dispositif de stockage”, illustre Michel Clech. Comme le déplorait Thomas Rea il y a peu, des machines éventrées pour en extraire la RAM et le SSD atterrissent désormais régulièrement sur les paillasses des petits reconditionneurs. Chez les structures bien implantées, ces cas de figure restent cependant anecdotiques, tempère Régis Harpocrate, président de l’association Action Numérique Solidaire (ANS). “C’est la qualité de notre sourcing qui nous permet d’éviter ça”, complète Olivier Bien, directeur général adjoint et responsable du pôle numérique au sein des Ateliers du Bocage (qui reconditionnent, entre autres, pour Emmaüs).
Le problème réside plus prosaïquement dans le tarif des composants indispensables à la remise à neuf des machines. “Aujourd’hui, nous sommes sur un coût de reconditionnement oscillant entre 50 € et 70 € par ordinateur. Si vous ajoutez à cela le coût actuel de la RAM, la situation va devenir intenable”, explique Action Numérique Solidaire. “Les prix ont augmenté de manière exponentielle entre novembre et janvier derniers […] Cela fait mécaniquement grimper le coût de reconditionnement”, regrette Olivier Bien.
On a des bénéficiaires qui peinent à se loger et se nourrir, qui vivent à l'euro près. Ce public-là, on ne peut pas lui demander de contribuer financièrement
Or, ces associations ne peuvent décemment pas augmenter leur prix de vente. “On a des bénéficiaires qui peinent à se loger et se nourrir, qui vivent à l'euro près. À ce public-là, on ne peut pas demander de contribuer financièrement”, défend Régis Harpocrate. “La fracture numérique s’accroît avec l’inflation”, pointe Michel Clech, synthétisant ainsi l'équation impossible à laquelle le secteur fait face.
Pour survivre, ces associations n’ont d’autre choix que de rivaliser d'inventivité. La première parade consiste, bien évidemment, à piocher dans les stocks de machines “donneuses d’organes” pour remettre sur pied d’autres PC destinés à la distribution. “Ces réserves vont peut-être nous permettre de passer l’année 2026. Après, il y a un risque de ne plus pouvoir mener à bien nos projets de lutte contre la fracture numérique avec la même aisance”, se lamente-t-on chez Ordi Grand Ouest. S’organiser en réseau permet néanmoins d'affron