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Pourquoi les Français ne peuvent pas choisir leur box internet, alors que nos voisins européens le font
La scène se répète sur les forums d’Orange depuis des années. Un abonné fibre explique qu’il veut brancher son propre routeur à la place de la Livebox, demande un boîtier ONT externe, cite le règlement européen sur l’Internet ouvert.
La réponse du service client tient en une phrase : l’ONT intégré à la Livebox offre un débit optimal, et il n’existe pas d’alternative. Fin de la discussion. Le même abonné, à Berlin, Milan, Amsterdam ou Bruxelles, aurait reçu ses identifiants par courrier et branché sa FRITZ!Box en dix minutes. Le problème n’est pas technique. Il tient à une définition que la France n’a jamais écrite.
Le mot-clé est « point de terminaison du réseau », l’endroit précis où le réseau de l’opérateur s’arrête et où commence le matériel de l’abonné. Le règlement européen 2015/2120, celui de la neutralité du Net, dit à son article 3 que l’utilisateur a le droit d’utiliser l’équipement terminal de son choix. Tout dépend donc de l’endroit où l’on place ce point.
Le BEREC, l’organe qui réunit les régulateurs européens, Arcep comprise, a distingué en 2020 trois positions possibles : A, la prise murale, B, le modem, C, le routeur. En A, la box est à l’abonné, et il fait ce qu’il veut. En C, la box appartient au réseau, et l’abonné branche ses appareils derrière. Les lignes directrices du BEREC concluent qu’aucune « nécessité technologique objective » ne justifie d’aller au-delà de A pour les réseaux fixes. Mais elles laissent chaque régulateur national décider.
La Finlande a ouvert la voie en 2014. L’Allemagne a suivi en 2016 avec une loi qui a mis fin à ce que les fabricants appelaient le « Routerzwang », la contrainte du routeur, après dix ans de campagne de la Free Software Foundation Europe et des constructeurs réunis dans le VTKE.
L’Italie a fait volte-face en 2018 sous la pression de l’AGCOM. Les Pays-Bas ont légiféré en 2022, la Belgique a fixé son point de terminaison à la prise en septembre 2023, et depuis novembre 2024, ses opérateurs sont tenus de communiquer à chaque abonné les identifiants Internet et téléphonie de sa ligne. Dans tous ces pays, l’abonné garde le droit de prendre la box de l’opérateur. Il gagne celui de ne pas la prendre.
Le résultat allemand est le plus documenté. Selon une enquête du VTKE, 55 % des foyers utilisent un routeur qu’ils ont acheté et 45 % louent celui de l’opérateur. Il en est sorti un marché domestique du routeur qui n’existe nulle part ailleurs en Europe, avec FRITZ! à environ 620 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 et une box dans 60 % des foyers, mais aussi Telekom, Vodafone et 1&1 qui continuent de vendre leurs propres box à ceux qui préfèrent ne pas y penser. Les opérateurs avaient prédit des pannes, des failles et un support impossible. Le BEREC a constaté en 2020 qu’en quatre ans de liberté allemande, aucun incident de réseau imputable à un routeur tiers n’avait été porté à sa connaissance. L’argument technique est mort là.
La France est le pays de la box. Free l’a inventée en 2002, avec l’idée qu’un seul boîtier apporte Internet, la télévision et le téléphone, et les trois autres opérateurs ont copié. Le triple play est devenu l’argument commercial numéro un, puis l’objet de fidélisation numéro un : on change moins d’opérateur quand la télé, le répéteur Wi-Fi, le disque dur et le téléphone fixe dépendent du même boîtier.
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Vingt ans plus tard, les quatre opérateurs ont bâti leurs services sur leur matériel, et un routeur tiers casse cette chaîne. Le prix de la box est fondu dans l’abonnement, donc invisible. En Allemagne, la location est une ligne séparée sur la facture, et c’est ce qui a rendu le choix visible aux yeux des abonnés.