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Des usines clandestines géantes aux coffres garnis de contrefaçons, enquête sur le business du trafic de cigarettes
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Julien Gasparutto, Margaux Manière, Caroline Thébaud
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Jérôme Cathala
En Belgique, une usine clandestine a été démantelée dans la matinée du mercredi 9 septembre. Onze personnes vivaient et travaillaient sur place. Selon la Cour des comptes européenne, environ une cigarette sur dix fumées dans l’Union européenne vient d’une fabrication illégale ou de la contrebande.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
À 6 heures ce mercredi 9 septembre matin, les douaniers belges ont découvert une immense usine clandestine, cachée dans une zone commerciale à une heure de route de la France. À l'intérieur, une production à grande échelle : séchage du tabac, fabrication, emballage. Quatre millions et demi de cigarettes ont été saisies. "Il faut une machine pour rassembler les cartouches. C'est du Marlboro, donc c'est sans doute pour la France, la Belgique", précise sur place Florence Angelici, porte-parole des douanes belges.
Des paquets étaient destinés au marché britannique, d'autres pour le Danemark. L'usine tournait sept jours sur sept. "Ces cigarettes sont fabriquées de manière industrielle. Un peu plus de un million, 1,3 million par jour. C'est assez professionnel comme fabrique", indique Florence Angelici.
Onze ouvriers qui vivaient là ont été arrêtés au saut du lit, seulement les petites mains. Une chambre pour les ukrainiens, et, dans la pièce voisine, le dortoir des ouvriers polonais. "On remarque que toutes les fenêtres ont été complètement rendues aveugles. Donc il ne faut pas qu'on voie qu'il y a des gens qui dorment et qui vivent dans l'entrepôt, et surtout qu'il y a une fabrique illégale", note la porte-parole en désignant des fenêtres complètement obstruées. Cuisine, sanitaires, bancs de musculation… Tout est sur place, afin que personne ne sorte. Le réseau est bien organisé. "Certains ouvriers par exemple arrêtés en Belgique, on a constaté qu'ils avaient déjà été arrêtés dans d'autres fabriques illégales de cigarettes dans d'autres pays", souligne encore Florence Angelici.
Depuis le début de l'année, 12 sites clandestins ont été découverts, un record. Les cigarettes contrefaites partent dans les pays voisins de la Belgique. Sur les réseaux sociaux, nous contactons facilement des revendeurs. Les prix au marché noir sont trois fois moins cher que dans un bureau de tabac français. "À combien est la cartouche ?", demande-t-on par message. "40 euros, c'est le top qualité", nous répond-on.
Mais il n'y a pas que les contrefaçons, il y a aussi la contrebande venue du Luxembourg. Des automobilistes achètent du tabac à bas prix dans ce pays et le revendent en France. Les amendes peuvent aller jusqu'à dix fois la valeur du préjudice pour le fisc belge. "Les amendes sont chères, mais celui qui fait du trafic et qui fait ça tous les jours, ou plusieurs fois par semaine, ça ne va pas le dissuader", pointe Alain Quintin, agent de contrôle à la brigade des douanes de Tournai.