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"On est en colère, on veut que ça avance" : des femmes qui ont porté plainte contre l'ex-haut fonctionnaire Christian Nègre, accusé de soumission chimique, réclament un procès
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Cet ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture, accusé d'avoir drogué près de 250 femmes afin de les forcer à uriner en sa présence, est mis en examen depuis bientôt sept ans. Les plaignantes vont réclamer l'accélération de la procédure, dont elles dénoncent la longueur, lors d'une réunion jeudi avec les juges d'instruction.
"On veut des réponses et des avancées concrètes." Sylvie Delezenne se rend au tribunal de Paris, jeudi 10 septembre, avec détermination. Cette femme de 45 ans compte parmi les centaines de victimes dans l'affaire Christian Nègre. Cet ancien haut fonctionnaire, suspendu de ses fonctions depuis juin 2018, est accusé d'avoir dissimulé un puissant diurétique dans le café ou le thé de femmes qu'il recevait en entretien au ministère de la Culture, ou à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Grand Est, où il a exercé, afin de les forcer à uriner en sa présence. ll est aussi accusé d'avoir photographié des femmes à leur insu.
Christian Nègre recensait chaque femme dans un tableau Excel, avec les noms, les horaires de leurs passages aux toilettes, leur attitude... L'ex-DRH a été mis en examen le 24 octobre 2019, puis en 2023, pour administration de substances nuisibles, violences par personne chargée de mission de service public, atteintes à l'intimité et agressions sexuelles, pour des faits commis entre 2009 et 2018. L'enquête, ouverte en juin 2018, est toujours en cours.
Dans un communiqué diffusé le 5 février, le parquet de Paris recensait 248 victimes, dont au moins 180 personnes qui se sont constituées parties civiles. Il lançait par la même occasion un appel à témoignages, ce qui a poussé d'autres victimes à se manifester. Leur nombre approche à ce jour les 300, dont 200 parties civiles, selon nos informations. Parmi elles, de nombreuses femmes réclament justice. Elles auront l'occasion de se faire entendre ce jeudi après-midi lors d'une réunion d'information organisée avec les juges d'instruction. Contacté sur ce point par franceinfo, le parquet de Paris n'a pas donné suite.
"On a l'impression d'être menées en bateau. Il faut mettre les moyens face à la quantité de victimes. On est en colère, on veut que ça avance", fustige Sylvie Delezenne, très investie dans cette affaire, et qui est membre d'un groupe WhatsApp d'une soixantaine de femmes. Face à la lenteur de la justice, dénoncée dès l'été 2025 par la Fondation des femmes, qui accompagne une trentaine de victimes, la quadragénaire entend demander aux magistrats instructeurs une date de procès. "On ne se sent pas prises au sérieux", abonde Anaïs de Vos. Elle a vécu une situation similaire à celle de Sylvie Delezenne face à Christian Nègre, dont le mode opératoire apparaît bien rodé. Contactée, l'avocate du mis en cause n'a pas souhaité s'exprimer.
Toutes deux ont croisé la route de Christian Nègre au ministère de la Culture, dans le centre de Paris, au cours d'un entretien alors qu'elles étaient en recherche d'emploi, la première en 2011, la deuxième en 2015. Selon leurs récits, à chaque fois, le haut fonctionnaire leur a proposé un café, accepté par politesse. Il leur a tourné le dos pour le préparer. Puis l'ex-DRH leur a servi, et elles l'ont bu. L'entretien s'est ensuite prolongé, plus décousu, jusqu'à ce qu'elles ressentent des palpitations, des sueurs, des crampes et, relatent-elles, un besoin impérieux d'uriner. Entre-temps, Christian Nègre avait réussi à les entraîner à l'extérieur du ministère, à proximité du jardin des Tuileries.
Malgré une envie d'uriner très forte, Anaïs de Vos, qui avait 27 ans au moment des faits, a réussi à rejoindre les toilettes d'un café. Mais Sylvie Delezenne, elle, assure qu'elle n'a pas eu d'autre choix que d'aller dans un passage souterrain sur la voie publique. "Pendant que j'urinais, il s'est approché de moi, m'a cachée avec sa veste, son visage était à 30 cm du mien, l'anxiété est montée", témoigne-t-elle.