// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Rapport d'Europol : qui se cache derrière les vols dans les musées ?
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Le rapport d'alerte d'Europol met en évidence les changements inquiétants dans les méthodes et les cibles des vols dans les musées. Les réseaux criminels sont désormais plus violents et liés au grand banditisme. L'Espagne, les Pays-Bas et la France sont concernés.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Trois silhouettes dans la nuit : le commando force une première porte et s'engouffre à l'intérieur. Soudain, une explosion. La cible n'est pas une banque, mais le musée régional de Drenthe, à Assen (Pays-Bas), visé à coups d'explosifs le 25 janvier 2025. Pour les enquêteurs, cette attaque est emblématique des nouvelles méthodes des pilleurs d'œuvres d'art. Arsène Lupin cède sa place au braqueur.
En Alsace, en juillet dernier, autre casse. À l'aube, trois assaillants mènent un raid au musée Lalique à Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin), temple de la verrerie et des bijoux de luxe. Entrés par une issue de secours, ils parviennent à forcer une porte coupe-feu. "Ils ne sont pas venus par hasard. Ils avaient des grosses masses, des grands pieds de biche, mais vraiment des très grands, pour vraiment bien forcer la chose, puis ils sont rentrés comme ça", raconte Christian Dorschner, le maire (DD) de Wingen-sur-Moder, vice-président du musée Lalique.
Les voleurs pénètrent dans le saint des saints. Sans hésiter, ils se dirigent vers les vitrines où sont exposés les bijoux précieux. Le casse dure 11 minutes, le butin s'élève à 4 millions et demi d'euros.
Des cambriolages de musées, il y en a une vingtaine en France chaque année. Celui au musée du désert de Mialet (Gard), en octobre 2026, faisait presque figure d'exception : un voleur solitaire qui s'introduit discrètement dans le musée et ressort avec une centaine de croix en or. Aujourd'hui la plupart des cambrioleurs de musée adoptent des méthodes plus radicales, comme lors du retentissant cambriolage du Louvre. "Ce qu'on voit maintenant, c'est des voleurs qui utilisent beaucoup plus la violence, qui vont rentrer aux heures d'ouverture éventuellement, menaçant à la fois les personnels du musée mais aussi les visiteurs", détaille le général Jean-Philippe Lecouffe, directeur des opérations Europol.
Selon Europol, dans ces affaires émergent de nouveaux profils criminels : des malfrats recrutés sur les réseaux sociaux, prêts à employer la violence et actifs sur d'autres marchés criminels comme la drogue. Ce pourrait être le cas des auteurs du casse au musée Jacques Chirac en Corrèze, au mois d'août. Les enquêteurs soupçonnent un gang de petits délinquants venus du Rhône. Cinq hommes, la plupart déjà connus pour des affaires de violence ou de stupéfiants. Ils ont été interpellés quelques jours plus tard. Dans leur planque près de Lyon (Rhône), les policiers ont retrouvé deux pistolets automatiques et une kalachnikov.
Alors, pourquoi les gangs criminels s'intéressent-ils désormais au musée ? Beaucoup sont motivés par la hausse du cours de l'or. "On a maintenant, probablement, de plus en plus de vols qui sont commis pour récupérer l'argent et l'or, et pas uniquement l'œuvre d'art pour sa valeur culturelle", avance Philippe Chadrys, le directeur national adjoint de la police judiciaire.
De plus en plus de voleurs agissent pour le compte de filières de revente de métaux précieux, avec le risque que ces objets soient fondus et définitivement perdus.