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REPORTAGE. "On a peut-être évité des accidents graves" : la police municipale de Cannes défend ses détecteurs de protoxyde d'azote, critiqués par des scientifiques
La ville de Cannes a été la première en France à équiper sa police municipale de détecteurs de protoxyde d'azote au mois d'août. D'autres villes vont suivre, mais le test n'est pas homologué par les autorités. Des scientifiques alertent sur le manque d'études sur sa fiabilité.
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Face à la mer, entre les boutiques de luxe illuminées de Cannes, les policiers municipaux agitent leurs lampes torches pour arrêter une voiture avec trois jeunes femmes à l'intérieur et effectuent un contrôle routier lors duquel ils dépistent les conducteur sur la consommation de protoxyde d'azote. "On est les premiers en France", s'exclame fièrement l'agent de police.
Depuis le 22 août 2026, le maire de la ville, David Lisnard a fait de sa police municipale la première de France à s'équiper de détecteurs de protoxyde d'azote. "Dans l'attente […] de la loi Ripost", qui entrera en vigueur en février 2027, "qui fera notamment de la consommation, de la détention et de la conduite sous protoxyde un délit, nous choisissons l'anticipation pour protéger", assurait celui qui est aussi candidat à l'élection présidentielle, le 23 août, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux de la ville.
Le principe ? On souffle, comme dans un éthylotes, et le résultat tombe en quelques secondes. "On a eu trois tests positifs en un mois, sur une centaine de dépistages", détaille Yves Daros, le directeur de la police municipale, l'une des plus importantes de France avec 200 policiers pour 74 000 habitants. "C'est autant de cas pour lesquels on a peut-être évité des accidents graves", précise-t-il.
Quel est le problème avec le protoxyde d'azote, ce "gaz hilarant" de plus en plus consommé chez les jeunes ?
La mairie de Cannes a déjà pris des arrêtés pour interdire la consommation du protoxyde d'azote sur la voie publique. Mais les policiers ne peuvent constater l'infraction qu'en "flagrant délit", quand ils voient un conducteur ballon à la bouche, ou qu'ils trouvent des bonbonnes de protoxyde d'azote dans la voiture. Le détecteur, lui, n'est pas homologué par les services de l'État, il n'a aucune valeur légale pour qualifier une quelconque infraction. Pour le moment, il ne sert donc qu'à faire de la prévention : "La loi ne nous permet pas aujourd'hui de verbaliser par rapport à ce test", reconnaît Yves Daros. "Mais quand on tombe sur un conducteur positif, on ne peut pas en tant que policiers le laisser repartir. On poursuit notre contrôle routier, on refait un test au bout d'une heure, et si c'est devenu négatif, il peut repartir. Mais au moins, pendant une heure il n'aura mis personne en danger".
Le directeur de la police municipale affirme recevoir des coups de fil de mairies partout en France, qui cherchent à se renseigner sur le détecteur. Il les dirige vers Olythe, une start-up installée à Aix-en-Provence. Au départ spécialisée dans les éthylotests connectés, elle revendique avoir mis au point le premier détecteur de protoxyde d'azote, réutilisable, au prix de 900 euros hors taxes. "On est sur le point d'équiper Bobigny, Béziers, Puteaux et Coudekerque-Branche, dans le Nord. Et d'autres vont suivre", assure son fondateur Guillaume Nesa. La mairie de Bobigny confirme à franceinfo avoir commandé des détecteurs, celle de Coudekerque a reçu son exemplaire lors de la semaine du 21 septembre.
L'entrepreneur ne comprend pas pourquoi son détecteur n'équipe pas la police nationale : "Je pense que c'est un gros manque pour les forces de l'ordre. Avec la loi Ripost, on va demander aux policiers de dépister à l'œil des comportements d'usages de drogues. Nous, on montre que des solutions existent et qu'elles fonctionnent". Son appareil a pourtant gagné la médaille du ministère de l'Intérieur, lors du dernier concours Lépine. Guillaume Nesa aimerait passer un marché avec la police nationale et la gendarmerie, mais assure qu'il "n'a pas plus de contact que ça" pour le moment. Le ministère de l'Intérieur,