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Le tour de passe-passe à 7 milliards de dollars du chinois Tencent pour accéder à 100 000 puces d'IA
Le géant chinois aurait signé avec Oracle un contrat de cinq ans pour accéder à quelque 100 000 puces d’IA installées en Asie du Sud-Est. Une opération à 7 milliards de dollars qui met en lumière une faiblesse des contrôles américains.
Pas besoin de faire entrer les puces d'IA en Chine pour profiter de leur puissance. Selon le Financial Times, Tencent aurait conclu avec Oracle le plus gros contrat de location jamais signé à l’étranger par le groupe chinois : cinq années d’accès à environ 100 000 accélérateurs d’IA répartis dans plusieurs centres de données d’Asie du Sud-Est. Montant estimé de l’opération : 7 milliards de dollars, dont près de 30% versés d’avance.
Pour Tencent, l’intérêt est évident. Le propriétaire de WeChat pourrait réserver pendant plusieurs années une énorme capacité de calcul pour entraîner ses modèles et faire tourner ses services d’IA, sans posséder lui-même les serveurs.
Oracle se chargerait, elle, de l’infrastructure et de l’exploitation des machines ; les équipes de Tencent y accéderaient à distance. Le modèle exact des accélérateurs n’a pas été révélé, ce qui empêche pour l’instant d’évaluer précisément la puissance mise à disposition ou d’affirmer qu’il s’agit des puces NVIDIA les plus récentes.
Cette distinction est importante, car les ventes directes de puces américaines avancées à des clients chinois restent étroitement encadrées. Depuis janvier 2026, les demandes concernant notamment les NVIDIA H200 peuvent être examinées au cas par cas par le Bureau of Industry and Security, sous plusieurs conditions. Tencent ne peut donc pas simplement commander ce qu’il veut et installer ses propres machines où bon lui semble.
C’est précisément cette différence entre posséder une puce et l’utiliser à distance qui embarrasse les autorités américaines. Les règles d’exportation ont longtemps été pensées pour contrôler la circulation physique des technologies sensibles. Le cloud brouille cette frontière, notamment la location à distance de capacités de calcul hébergées à l’étranger.
Le Congrès US travaille d’ailleurs déjà sur le sujet. Le Remote Access Security Act vise à donner explicitement au gouvernement américain le pouvoir de contrôler l’accès à distance à certaines technologies soumises aux règles d’exportation, y compris via Internet ou un service de cloud. Le texte a été adopté par la Chambre des représentants le 12 janvier 2026, puis transmis au Sénat le lendemain, où il se trouve toujours en commission.
Cela ne signifie pas que Tencent échappe totalement au contrôle de Washington : son accès dépendrait toujours d’Oracle et des règles américaines, qui peuvent évoluer. Mais l’affaire montre à quel point la frontière entre exporter des puces et exporter leur puissance de calcul devient difficile à tenir.