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Canicule : pourquoi le réseau électrique de RTE tourne au ralenti au moment où on en a le plus besoin
Le paradoxe est franchement contre-intuitif. Au moment où les Français consomment le plus d’électricité à cause des climatiseurs et des réfrigérateurs qui s’emballent, le réseau qui achemine ce courant en transporte justement moins.
Chaque degré au-dessus de 25 °C ajoute des centaines de mégawatts à la demande nationale. Et pendant ce temps, une bonne partie des lignes aériennes de RTE, le gestionnaire du réseau de transport, voit sa capacité se réduire.
Un câble électrique chaud peut transporter moins d’électricité. Voilà le fait de départ. La chaleur dégrade le refroidissement des lignes, ce qui abaisse le courant qu’on peut y faire circuler sans que les câbles ne chauffent trop, ne se détendent et ne se rapprochent du sol.
RTE ne subit donc pas passivement la canicule : le gestionnaire réduit lui-même, en amont, la charge admissible de ses lignes sensibles. Il s’agit d’une opération de prévention.
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Pour comprendre, il faut plonger dans le détail du câble. Chaque conducteur, en général un alliage d’aluminium, a une température maximale à ne pas dépasser, souvent entre 75 et 90 °C. Cette limite existe pour deux raisons très concrètes.
D’abord la flèche : en chauffant, le métal se dilate, le câble s’allonge et descend vers le sol, ce qui réduit la garde de sécurité. Ensuite le vieillissement du métal : au-delà d’un certain seuil, l’aluminium perd définitivement ses propriétés mécaniques.
La température réelle du câble résulte d’un équilibre. D’un côté, il produit de la chaleur : le passage du courant en génère (c’est l’effet Joule, le même phénomène qui chauffe le fil d’un grille-pain), auquel s’ajoute le soleil qui tape dessus.
De l’autre, il en évacue, surtout grâce à l’air qui circule autour. La canicule casse cet équilibre sur trois fronts à la fois. L’air ambiant est chaud, donc il refroidit moins ; le vent est souvent faible, or c’est de loin le premier facteur de refroidissement d’une ligne ; et l’ensoleillement, lui, apporte un surplus de chaleur. À courant égal, le câble grimpe donc beaucoup plus haut en température qu’un jour d’hiver venté.
Pour rester sous la température limite, RTE n’a donc qu’un levier : baisser le courant admissible, ce que les électriciens appellent l’ampacité. Voilà ce qu’est la fameuse « baisse de capacité d’acheminement ». Il n’y a plus assez de marge de refroidissement pour pousser autant d’ampères qu’en hiver.