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La France finance un consortium pour développer son cloud de confiance et son IA
L’État a accordé 20 millions d’euros du plan France 2030 au consortium formé par Cloud Temple, Thales, Bull, Vates et le CEA. D’ici fin 2028, les cinq partenaires doivent bâtir une offre française de cloud et d’intelligence artificielle pour héberger des données sensibles.
Marina Ferrari, alors secrétaire d’État au Numérique, a lancé le 22 mars 2024 à Strasbourg l’appel à projets « Renforcement de l’offre de services cloud », opéré par Bpifrance pour le compte de l’État. Seuls des fournisseurs de services cloud pouvaient prendre la tête des consortiums candidats, d’après le cahier des charges. Deux ans et demi plus tard, Cloud Temple a pris la tête du projet retenu et annoncé le 9 octobre. Les partenaires apporteront 27 millions d’euros en plus de l’aide publique, pour un budget total de 47 millions d’euros. « L’enjeu est désormais l’échelle », estime Sébastien Lescop, directeur général de Cloud Temple. Les cinq partenaires devront transformer leurs travaux en services vendus à des prix compétitifs, sur un marché tenu par les géants américains du cloud.
Les fournisseurs français multiplient depuis plusieurs mois les démarches pour obtenir SecNumCloud. OVHcloud a obtenu cette qualification pour son cloud public le 1er septembre, dix jours après l’entrée en vigueur de l’arrêté consacré à SecNumCloud 3.2. Avec ce texte signé le 12 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu a rendu le référentiel de l’ANSSI obligatoire pour tout prestataire privé chargé des données les plus sensibles de l’État.
Cloud Temple détient cette qualification pour ses offres d’infrastructure et de plateforme. Avec ses quatre partenaires, l’hébergeur prévoit de développer des services de cloud et d’IA conformes aux exigences de NIS 2 ou de l’AI Act. Thales apporte au projet son expertise en cybersécurité et sa filiale de cloud de confiance S3NS. Google Cloud détient une part minoritaire de cette société, et SAP l’a retenue en avril pour faire tourner son ERP sous juridiction française.
Côté matériel, Bull assurera l’intégration des infrastructures destinées à l’IA avec sa plateforme logicielle maison, tandis que les chercheurs du CEA travailleront sur les architectures de nouvelle génération. Le socle de virtualisation open source sera fourni par Vates. Basé à Grenoble, cet éditeur développe la plateforme XCP-ng et a levé 30 millions d’euros auprès d’IRIS et de Bpifrance le 6 octobre, trois jours avant l’annonce du consortium.
Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances numériques, le 21 avril, Sébastien Lescop a rappelé le recul des Européens sur le marché du cloud. Leurs fournisseurs en détenaient 27 % en 2017, contre 15 % au moment de l’audition. Philippe Latombe, président de la commission, a ensuite interrogé les fournisseurs sur les consortiums, après avoir constaté que les lauréats d’un appel d’offres de 180 millions d’euros de la Commission européenne avaient surtout candidaté en groupement.
« Chez Scaleway, nous n’y croyons pas. C’est trop compliqué », a répondu son directeur général, Damien Lucas. Ses clients cherchent d’après lui une alternative crédible à AWS ou à Azure, et non un assemblage de petites entreprises réparties entre l’infrastructure et les services managés. Philippe Miltin, directeur général d’Outscale, voulait pour sa part que l’État concentre ses aides sur quelques champions et cesse de les disperser.
Dans le groupement soutenu par France 2030, Cloud Temple pilote le programme et porte la majorité des travaux. Damien Lucas avait toutefois salué, lors de l’audition d’avril, l’appel à projets dont ce consortium est lauréat. Grâce à ce type d’aide, les fournisseurs peuvent selon lui continuer à développer de nouveaux produits. L’essentiel des investissements du secteur est consacré aux infrastructures, et le patron de Scaleway attend surtout des acheteurs publics des engagements de commandes pour les financer.