// FUTURA SCIENCES — SPAZIO & SCIENZA
C’est un chantier colossal : un tunnel géant est en construction en le déposant au fond de la mer Baltique
Le plus grand chantier souterrain d’Europe emploiera au total plus d’une trentaine de tunneliers dont 21 seront mis en service d’ici 2020. Ces gigantesques excavatrices recracheront au total 43 millions de tonnes de déblais, soit le poids de huit pyramides de Gizeh !... Lire la suite
Sous la Baltique, entre le Danemark et l’Allemagne, le futur tunnel du Fehmarnbelt prend forme. Long de 18 kilomètres, ce chantier hors norme doit rapprocher la Scandinavie du continent, en combinant autoroute et rail dans ce qui sera le plus long tunnel immergé du monde.
Entre Rødbyhavn, sur l'île danoise de Lolland, et Puttgarden, sur l'île allemande de Fehmarn, le ferry reste le principal moyen de transport pour franchir ce bras d'eau. Demain, il pourra être traversé en voiture ou en train. Le tunnel du Fehmarnbelt promet de transformer ce passage maritime en trait d'union terrestre entre l'Europe du Nord et le cœur du continent.
Le projet révèle des dimensions titanesques avec une longueur de 18 kilomètres, quatre voies routières, deux voies ferrées électrifiées, des galeries techniques et des dispositifs de sécurité sur toute la longueur. Une fois achevé, le trajet entre le Danemark et l'Allemagne devrait prendre environ dix minutes en voiture et sept minutes en train. L'objectif est de raccourcir le temps de trajet entre Copenhague et Hambourg, de fluidifier le fret et de consolider le corridor européen reliant la Scandinavie à l'Europe centrale et méridionale.
Le plus grand chantier souterrain d’Europe emploiera au total plus d’une trentaine de tunneliers dont 21 seront mis en service d’ici 2020. Ces gigantesques excavatrices recracheront au total 43 millions de tonnes de déblais, soit le poids de huit pyramides de Gizeh !... Lire la suite
Contrairement à un tunnel foré sous la roche, le Fehmarnbelt sera un tunnel immergé. Pour le construire, les éléments sont fabriqués à terre, puis tractés jusqu'en mer, descendus dans une tranchée creusée dans le fond marin et assemblés les uns aux autres avec une précision millimétrique. À Rødbyhavn, une véritable usine à tunnels produit ces blocs de béton creux, longs de 217 mètres et pesant plus de 73 500 tonnes pour les éléments standards.
Au total, 89 éléments doivent composer l'ouvrage. Chacun abritera cinq tubes, deux pour l'autoroute, deux pour les trains, un pour les installations techniques. En mai 2026, le premier élément a été immergé au large de la côte danoise. Fin juin, un deuxième a rejoint le fond de la Baltique, portant à plus de 500 mètres la portion déjà installée.
Le Fehmarnbelt n'est pas seulement un exploit d'ingénierie. C'est aussi un pari politique et économique. Pour Bruxelles, il s'inscrit dans le réseau transeuropéen de transport, avec l'idée de mieux connecter les ports, les métropoles et les bassins industriels. Pour le Danemark, maître d'ouvrage et financeur principal via un modèle reposant sur les futurs péages, il s'agit d'accélérer les échanges avec l'Allemagne. Pour le nord de l'Allemagne, le tunnel est attendu comme un levier d'activité économique.
Par ailleurs, pour accélérer la décarbonation des transports en Europe du Nord, le rail occupe une place centrale dans l'ADN du projet. En théorie, le tunnel doit encourager le report d'une partie du trafic routier vers des trains électriques, notamment pour le fret. En outre, la très forte réduction du temps de trajet entre Copenhague et Hambourg donnera à cette liaison une attractivité nouvelle face à la route et à l'avion.