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TEMOIGNAGES. "On était esclaves de lui" : d'anciennes adeptes de l'ostéopathe Antonino Mercuri racontent l'enfer qu'elles ont vécu
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Antonino Mercuri est jugé à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour dérives sectaires, abus de faiblesse et pratique illégale de la médecine, au préjudice de 51 anciens patients. Il se dit innocent.
Une scène revient en mémoire de Camille*, qui dit tout de la puissance de l'emprise dont elle assure avoir été victime pendant au moins six ans à partir de 2004. Nous sommes au Portugal, Antonino Mercuri y organise des stages sur fond de quête spirituelle. De nombreux adeptes l'accompagnent à chaque fois. "Quelquefois il disparaissait", se souvient Camille qui a aujourd'hui totalement coupé les ponts avec celui qu'elle désigne comme "un gourou". "D'un seul coup, quelqu'un avait un message et on devait le rejoindre, mais sans dire où. On était tellement connectés avec lui qu'on devait le rejoindre où qu'il soit." À charge à ses adeptes de le retrouver. "Tout le monde prenait sa voiture et c'était la course folle pour le retrouver, personne ne donnait d'informations aux autres", se rappelle Camille, qui frissonne à l'évocation de ce souvenir. Lors de ces stages, les scènes d'humiliation, selon de nombreux témoignages, étaient courantes.
Des souvenirs comme ça, Camille en a des dizaines. Comme les 50 autres anciens patients de cet ostéopathe devenu soigneur, aux pouvoirs "visionnaires". Tous ont raconté aux enquêteurs, au juge d'instruction, ces années pendant lesquelles ils sont subi, selon eux, l'emprise d'Antonino Mercuri, aujourd'hui âgé de 64 ans. Un homme qui a un temps assuré avoir pris en charge Mère Teresa ou le cancer de l'ancien président François Mitterrand, ce qu'il conteste aujourd'hui. Au terme d'une enquête de dix ans, il est jugé pendant près d'un mois à partir du 12 octobre par le tribunal correctionnel de Paris, une quinzaine d'anciens adeptes se sont constitués partie civile. Il est jugé pour de nombreux délits : dérive sectaire, abus de faiblesse, pratique illégale de la médecine ou encore fraude fiscale et blanchiment. Il comparaît libre, placé sous contrôle judiciaire, après avoir été pendant quatre mois en détention provisoire.
L'enquête a démarré quand en 2015, un signalement de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a été transmis au parquet de Paris. Ensuite, dans le cadre de l'information judiciaire ouverte en 2017, les enquêteurs ont pu mettre sur écoute Antonino Mercuri, et ce qu'ils ont pu entendre n'a fait que confirmer, selon eux, les témoignages des patients de cet "ostéopathe". Camille, comme beaucoup d'autres, a connu Antonino Mercuri par l'entremise de sa psychiatre aujourd'hui décédée. Une femme qui était elle-même sous emprise et qui a servi selon Camille de "rabatteuse". Mercuri l'a d'abord soignée pour des douleurs au dos, puis lui a très rapidement proposé des soins de toute autre nature.
Selon le récit des plaignants et ce que les enquêteurs ont pu comprendre via les écoutes téléphoniques, Antonino Mercuri se disait capable, dans son jargon, d'éveiller ses patients "au rang d'humain" grâce à son "énergie existentielle". Camille raconte que ces soins étaient souvent réalisés à distance, parfois via l'envoi d'un simple SMS. "Les soins à distance, c'était pouvoir recevoir un soin sans être auprès de lui, raconte cette femme. On se réunissait à un horaire convenu et on attendait qu'Antonino Mercuri nous signale le début du soin par téléphone et on se mettait en méditation pour recevoir son soin alors qu'il n'était pas là. Il considérait que même si on ne pouvait pas se recueillir pour recevoir le soin, on le recevait de toute façon". Et il n'y a pas que ses patients qu'il prétendait soigner, puisqu'il affirme avoir réussi à traiter à distance l'épilepsie du chien d'une de ses patientes et de soigner, là encore à distance, un cheval.
Et rien de tout cela n'était gratuit. Au fil des années, les séances sont devenues de plus en chère