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Shadow AI : faut-il interdire l'IA fantôme en entreprise ? Les experts de la cyber ne sont pas d'accord
ChatGPT ouvert en douce, des agents bricolés avec Copilot et d'autres : le Shadow AI, ou IA fantôme, s'installe dans les entreprises et crée la pagaille. Six experts nous ont expliqué comment le dompter, sans tous appeler à son interdiction.
Le Shadow AI, cette IA fantôme que les salariés utilisent en entreprise sans l'aval de leur service informatique, s'est imposé comme l'un des grands casse-têtes de la cybersécurité en 2026. Au fil de nos rencontres aux Assises de la cybersécurité à Monaco ces derniers jours, les spécialistes de Sekoia, Check Point, Illumio, Nomios et KnowBe4, ainsi que le responsable sécurité de SNCF Connect & Tech, ont décrit un phénomène bien plus vaste que le simple rapport sensible de la boîte copié-collé dans un chatbot. Comment répondre à ce phénomène ? Faut-il l'interdire ou l'encadrer ? Vous allez voir que les avis divergent.
Lorsque vous avez devant les yeux un rapport à synthétiser avant une réunion, quelques lignes de code à faire relire, ou un document trop long à résumer, le robot conversationnel de type Claude, Gemini ou ChatGPT est devenu l'allié de nombreux salariés, souvent sans demander l'avis de personne. Ce réflexe porte un nom, le Shadow AI, et Anthony Hervé, ingénieur avant-vente chez Illumio, nous en donne une définition. Il s'agit d'utiliser « des outils IA de manière générale, qui ne sont pas contrôlés, validés par les équipes IT de l'entreprise », au risque d'y partager des données sensibles. Plus de trois salariés sur dix utiliseraient déjà des assistants que leur direction informatique n'a jamais approuvés. Et chacun a son anecdote, car forcément, nous connaissons tous quelqu'un qui a collé le dernier rapport de sa boîte dans ChatGPT pour en tirer une synthèse express.
Ce scénario, François Deruty le connaît par cœur. Passé par l'ANSSI, le gendarme français de la cybersécurité, avant de prendre la direction des opérations de Sekoia, il nous explique le problème. Faute d'accompagnement, les salariés les moins à l'aise avec les nouvelles technologies découvrent souvent ces outils chez eux, ils y glissent des données de l'entreprise pour soigner un rapport, et « ils n'osent pas le dire ». Le danger tient en fait moins à l'outil qu'à ce qu'on lui confie. Par principe, le spécialiste se méfie de tout service externe, évoquant une évidente question de confiance, tant pour l'envoi du contenu que ce que les entreprises qui le traitent en font. Car une fois partis vers ces outils, les documents échappent à l'entreprise, qui ne sait plus très bien où ils sont stockés, ni qui peut y accéder.
Francis Bergey, responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI) de SNCF Connect & Tech, que nous avons interrogé à l'issue de son atelier avec AWS à Monaco, pointe le piège des offres gratuites. « Dans les conditions générales, il y a écrit que ce que vous allez envoyer au LLM (Ndlr : par exemple GPT-4o, Claude 5 Sonnet ou autres) va servir à entraîner la génération d'après. » Un document interne peut ainsi finir dans le modèle dont profitent tous les autres utilisateurs. La frontière se brouille encore avec l'abonnement Mistral payé à titre personnel puis utilisé pour le travail. « La difficulté qu'on peut avoir, c'est dans l'usage pro/perso », explique le technicien.
Puisqu'on parle de fantôme, celui-ci ne rôde pas toujours là où on l'attend. Le directeur technique France de Check Point, Adrien Merveille, rappelle qu'un logiciel acheté en bonne et due forme peut embarquer de l'IA sans que l'entreprise le sache, jusqu'à découvrir, en grattant un peu, que « derrière, c'est du DeepSeek qui tourne ». Voilà qui est fâcheux pour les nombreuses sociétés qui bannissent les modèles chinois. « On ne peut pas contrôler ce qu'on ne voit pas », insiste celui qui enchaîne les rendez-vous avec des entreprises privées de toute visibilité sur leurs propres usages de l'IA.
Chez Nomios, intégrateur de solutions de sécurité de 500 salariés, Eric Bohec a mesuré la vitesse du phénomène sur ses propres t