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Comment expliquer le nombre important de gardes à vue depuis le début de la mobilisation lycéenne ?
En un peu plus de trois semaines, plus de 6 800 personnes ont été placées en garde à vue, et plus de huit sur dix étaient mineures, selon le ministère de la Justice. Avocats, magistrats, policiers, mais aussi chercheurs et associations ont des lectures divergentes quant à cette situation.
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Des gardes à vue en nombre. Au total, 6 877 personnes ont été entendues par les policiers sous ce régime, depuis la semaine du 21 septembre, quand les premières tensions ont débuté lors de la mobilisation lycéenne, précise le ministère de la Justice à franceinfo. Les mineurs représentent l'immense majorité de ces gardés à vue (86%). Un chiffre sans précédent pour un mouvement social récent en France.
Ainsi, 6 736 membres des gilets jaunes avaient été placés en garde à vue pendant leur mobilisation, entre novembre 2018 et septembre 2019, selon un document parlementaire. En juillet 2016, le ministère de la Justice mentionnait au Sénat de 896 gardes à vue après plusieurs mois de manifestations contre la loi Travail. En 2005, lors des émeutes dans les banlieues, la direction générale de la police nationale avait recensé 5 643 personnes placées en garde à vue, rappelait Le Point en 2023.
Devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, mercredi 7 octobre, le ministre de l'Intérieur a défendu sa gestion du maintien de l'ordre. Laurent Nuñez a notamment souligné que le mouvement actuel des lycéens était "inédit" par le nombre d'établissements concernés, par le nombre de participants, mais aussi "inédit parce qu'il a basculé assez rapidement dans des violences qui sont très graves", avec des agressions physiques contre des policiers ou des gendarmes, ainsi que des incendies d'établissements scolaires.
"Quand il y a des violences, des dégradations, il y a intervention, on applique la proportionnalité de l'action."
devant la commission des lois de l'Assemblée nationale
L'avocate Camille Vannier, qui a représenté une vingtaine de jeunes interpellés ces derniers jours, principalement en Seine-Saint-Denis, déplore cependant "des arrestations massives et aveugles" de mineurs qui, pour la plupart, n'avaient pas d'antécédents judiciaires. Les dossiers sont "souvent vides" pour ces mis en cause, arrêtés "devant leur lycée, parfois dès le début de leur mobilisation", dénonce-t-elle.
Selon le ministère de la Justice, sur les 6 877 personnes placées en garde à vue, 2 376 ont été poursuivies en justice, tandis qu'une alternative, comme un stage de citoyenneté, a été proposée à 1 897 autres. Elles n'ont ainsi pas été condamnées, mais le parquet a estimé les faits suffisamment caractérisés pour justifier une réponse pénale. Pour le tiers restant, les faits n'étaient pas établis ou les preuves étaient insuffisantes, explique le ministère.
Romain Boulet, coprésident de l'Association des avocats pénalistes, évoque une "systématisation" des placements en garde à vue. "On peut se demander si l'interpellation n'est pas devenue une façon de gérer les manifestations", fait-il valoir. Il estime que "l'objectif est visiblement de faire admettre dans l'opinion qu'aller manifester, c'est s'exposer à être privé de sa liberté, souvent sans être déclaré coupable de quoi que ce soit in fine".