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Manifestations en France : ce que l'histoire des « casseurs » révèle sur le pouvoir et les médias
La Commune de Paris est une insurrection populaire qui s'est déroulée à Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871. Comment est né cet événement contestataire et que retenir de cette période ?... Lire la suite
Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches (histoire contemporaine), Université de Rouen Normandie — The Conversation
Après les manifestations du 17 octobre 2026, un mot revient dans le débat public : « casseurs ». Le terme apparaît dans la presse en 1832, dans les colonnes du Figaro. Comment s'est-il imposé dans le vocabulaire médiatique ? Rétrospective avec RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
Au lendemain des manifestations du 17 octobre 2026, qui ont rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes à travers la France, les images de violences et de dégradations occupent une large place dans le débat public. L'occasion de revenir sur l'apparition de l'image des casseurs. Nous vous proposons cet article en partenariat avec RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
Malgré les manifestations, les grèves, les occupations, bon nombre de médias n'ont retenu du mouvement social de ces derniers mois qu'une image et qu'un mot : les « casseurs ». Est-ce une première fois ? Certainement pas : ces dernières années, bien des manifestations n'ont été couvertes médiatiquement qu'au prisme de leurs affrontements. Mais d'où la représentation vient-elle exactement ?
Nous sommes en 1832. Les 5 et 6 juin ont lieu les journées insurrectionnelles qui inspireront Victor Hugo dans Les Misérables. Les obsèques du général républicain Lamarque se transforment en manifestations et en protestation contre un régime qui a déçu. La monarchie de Juillet n'a pas tenu ses promesses ; deux ans à peine après l'épisode révolutionnaire, le pouvoir de Louis-Philippe est déjà devenu autoritaire - l'insurrection est réprimée dans le sang. Mais le régime est aux abois. Il se sent menacé de toutes parts, et notamment dans la presse satirique qui le harcèle de sa critique. Le Figaro est alors de ces journaux-là, de ceux qui pratiquent l'insolence politique à l'égard du gouvernement et revendiquent allègrement la liberté de pensée sans laquelle, on le sait, « il n'est point d'éloge flatteur ».
À l'assaut des palissades du Louvre : les émeutiers les prennent d'assaut. © Gallica, BnF
Pour contrer la fronde, le pouvoir n'y va pas par quatre chemins. Son moyen de faire taire l'impertinent est en effet bien évident : il rachète Le Figaro, purement et simplement. Ses confrères et frères d'hier l'accablent de sarcasmes : voilà un « Figaro préfet ». Rien n'y fait. Le journal trempe désormais sa plume à l'éloge des gens établis. Et pour défendre leurs intérêts, il lui faut changer de cibles et d'adversaires. Ils sont tout trouvés : ce sont ces républicains qui viennent de mettre le régime en danger.
C'est ici que l'image du « casseur » intervient. On en voit très précisément surgir l'occurrence à l'automne 1832. Elle se fait très vite obsédante : il n'est pas une semaine sans qu'apparaisse la figure, harcelante. Dans la typologie que le journal dresse des républicains, s'impose le « gamin » (29 septembre 1832) :
« Le Gamin. Il y a des gamins de tout âge. Nous entendons par gamin celui dont la seule croyance politique, morale, religieuse et littéraire, est le tapage, l'émeutier, le casseur de vitres, ceux qui suivent les tambours qui battent la retraite, et mêlent toujours leur voix à tout ce qui se crie, se glapit, se hurle ».