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REPORTAGE. "On répond toujours avec des punitions collectives" : à Bordeaux, des jeunes dépités par la mise en place du couvre-feu
Un couvre-feu a débuté mardi soir à Bordeaux et concerne les mineurs non accompagnés. Pour certains, cet arrêté de la préfecture pénalise d'abord les jeunes des quartiers défavorisés.
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Mardi 20 octobre dans la soirée, première nuit de couvre-feu à Bordeaux, Adem court après son tramway. "Couvre-feu à 22 heures maintenant !", s'exclame-t-il. Il n'a pas encore 18 ans, mais Adem raconte que le centre-ville, c'est sa bouffée d'oxygène, jour et nuit, surtout pendant les vacances. "Je préfère traîner en ville que rester chez moi", explique-t-il. Seuls les mineurs sont concernés et le périmètre est circonscrit à l'hypercentre. Il est donc interdit de se promener dans les rues touchées par des pillages samedi, entre 22 heures et 7 heures, pour les moins de 18 ans qui ne sont pas accompagnés, jusqu'au lundi 26 octobre.
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Même si à Bordeaux le périmètre interdit est très circonscrit, l'adolescent dit qu'il se sent puni. "Je trouve que 22 heures c'est trop tôt", soupire-t-il avant de se demander quand ce couvre-feu allait se finir. Assis sous un abri voyageur Anouar hoche la tête. Tous les mineurs sont concernés, mais le jeune informaticien juge que l'arrêté de la préfecture pénalise d'abord les jeunes des quartiers défavorisés. "Je trouve qu'on répond toujours avec des punitions à tout le monde", explique Anouar, jeune informaticien
Il vit à Cenon, à une demi-heure de tram depuis le centre-ville de Bordeaux, la 192e commune la plus pauvre de France, avec une population très jeune et 80 nationalités. Anouar dit qu'il n'aime pas le lien que certains font entre les immigrés et les vandales qui se sont déchaînés samedi. "Ceux qui les critiquent, souligne-t-il, je prends l'exemple de Bardella, il a une grand-mère algérienne, un grand-père italien. Il est aussi étranger que ceux qu'il critique."
Les images des pillards en jogging et en sweat à capuche, Safia ne veut plus les voir. La jeune fille raconte qu'elle a coupé tous ses réseaux sociaux et qu'elle ne regarde plus la télévision. "C'est beaucoup des jeunes qui font ça, mais c'est une minorité. On parle beaucoup des minorités, mais pas des majorités", regrette-t-elle. Cette semaine cette lycéenne de 17 ans la consacre à passer son Bafa, pour financer ses études. Elle veut faire médecine et devenir pédiatre. Dans sa promo, il n'y a pas de complaisance à l'égard des casseurs : "Ce qu'ils ont fait, c'est débile. Ce n'est pas réfléchi."
Les jeunes de la ville, Luca les connaît bien. Il est animateur au service jeunesse. "On a aucun discours des jeunes qui nous montrent qu'eux sont allés à Bordeaux pour faire de la casse. Ce sont toujours des boucs émissaires", s'agace-t-il. Le maire de Cenon assure que ses caméras de vidéo surveillance n'ont repéré aucun mouvement suspect vers Bordeaux le 17 octobre et à sa connaissance aucun jeune de la ville n'a été interpellé.
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