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EDITO. Les mots et la violence du débat politique actuel engendrent-ils la violence raciste ?
Après l’attentat raciste de Trappes, qui a fait un mort et cinq blessés, la gauche met en cause la responsabilité de l’extrême droite.
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Tous les leaders de la gauche, d’Olivier Faure, à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Fabien Roussel, ou Marine Tondelier, tous ont dénoncé une responsabilité politique et morale de l’extrême droite dont la parole raciste faciliterait le passage à l’acte d’esprits faibles comme le suspect de Trappes.
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Il faut dire que cette ville de 35 000 habitants dotée d’une importante communauté musulmane est devenue un épouvantail que le RN agite régulièrement pour alerter contre ce qu’il appelle "l’islamisation en cours du pays". Parmi d’autres, Jordan Bardella a, par exemple, qualifié à plusieurs reprises la ville de Trappes de "République islamique", un territoire qui, à ses yeux, "n’est plus la France" et qui préfigure "ce que deviendrait notre pays si nous ne le reprenons pas en main".
Mais on ne peut pas accuser juridiquement le président du RN d’être responsable de cet attentat, cela n’aurait aucun sens. Et Jordan Bardella a pris soin de condamner dimanche 25 octobre lors du congrès du RN réuni à Orléans, cette "barbarie", sans y ajouter toutefois le mot de "raciste". Mais cet attentat est survenu à un moment bien particulier. À l’issue d’une semaine tout au long de laquelle de nombreux responsables d’extrême droite s’en sont donné à cœur joie pour attribuer les pillages du 17 octobre aux "voyous immigrés" et autres "racailles islamistes". Jordan Bardella lui-même a fustigé des "prédateurs de banlieue" qui "veulent prendre une revanche, contre la France", "une armée du crime dont nos banlieues constituent un véritable réservoir". Et en garde à vue, le suspect, traité en psychiatrie pour schizophrénie, a dit avoir voulu viser "des Noirs et des Arabes", pour venger les commerçants pillés le 17 octobre.
Le climat politique actuel favorise la propagation d’une parole raciste, par exemple en banalisant le fantasme complotiste du "grand remplacement" des populations européennes par des populations immigrées venues d’Afrique. Une expression brandie par Marion Maréchal en première ligne de la campagne présidentielle de sa tante, Marine Le Pen. Ou par le patron de Reconquête, Éric Zemmour. La chaîne BFM-TV a d’ailleurs déprogrammé samedi Éric Zemmour, ce qui montre que ses propos ne sont pas sans rapport avec l’attentat de Trappes. Pendant ce temps-là, des militants identitaires d’ultradroite sont descendus sur le pavé à Nice, Rouen, Montpellier ou Lyon, pour faire le coup de poing contre leurs homologues d’ultra- gauche. Lorsque chaque jour qui passe semble nous rapprocher d’un duel entre les deux extrêmes dans les urnes, et peut-être dans la rue, on rêverait d’entendre des responsables politiques, porter une parole un peu plus responsable.
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