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Actualité : Vendre le soleil en pleine nuit, à 5 000 € de l’heure : une entreprise américaine l'a fait et les scientifiques sont furieux
Le 10 octobre, pendant cinq heures, une lumière surnaturelle a inondé le désert au pied du mont Whitney. Des promeneurs ont cru à un tournage. Ils assistaient en réalité à la répétition d'un projet vertigineux : 50 000 miroirs en orbite pour louer la lumière du Soleil après le coucher, à 5 000 dollars de l'heure. Les astronomes n'avaient pas été prévenus. L'agence fédérale qui gère probablement le terrain non plus.
© Reflect Orbital - Le 10 octobre, près de Lone Pine (Californie), les projecteurs de Reflect Orbital ont simulé la lumière d’un futur miroir orbital. Les broussailles du désert projettent des ombres comme en plein jour.
Reflect Orbital est une jeune pousse installée à Hawthorne, près de Los Angeles. Elle veut placer en orbite des satellites munis de miroirs géants, pour renvoyer la lumière solaire vers la face nocturne de la Terre. Son concept, baptisé "sunlight-as-a-service", vend le soleil à la demande, facturé à l'heure. Faute de satellite en orbite, elle a simulé ce service le samedi 10 octobre, de 19 h à minuit, avec de puissants projecteurs installés sur Horseshoe Meadow Road, près de Lone Pine, en Californie. Les astronomes de la région n'en savaient rien.
La start-up avait pourtant invité quelques témoins choisis : les bénévoles du China Lake Mountain Rescue Group et des secouristes du comté d'Inyo. Ils ont enchaîné recherches en quadrillage et transport de blessés sur brancard, d'abord dans le noir, puis sous les projecteurs. Un porte-parole a expliqué au San Francisco Chronicle que ces équipes devraient être les premiers clients.
D'après DarkSky International, les projecteurs couvraient une zone plus vaste que Manhattan, avec deux fois l'éclat d'une pleine Lune. Pour jouer les victimes, Reflect Orbital avait posé des boîtes blanches et brillantes, à la place des mannequins lestés utilisés à l'entraînement. Repérables de loin, elles n'ont pas convaincu tout le monde. "Elles ne représentent pas des corps, qui portent des vêtements", observe Phillip Cash, responsable des opérations du China Lake Mountain Rescue Group.
Restait à savoir qui avait donné le feu vert. Le terrain dépend vraisemblablement du Bureau of Land Management, l'agence fédérale chargée de ces terres publiques. Contacté, le BLM assure n'avoir été ni informé ni consulté.
Vue d’artiste de la constellation imaginée par Reflect Orbital : des miroirs géants alignés en orbite basse, qui captent la lumière du Soleil pour la renvoyer vers la face nocturne de la Terre. L’entreprise en vise plus de 50 000 d’ici 2035.
Le 9 juillet, le Space Bureau de la FCC, le régulateur américain des communications, a validé le premier satellite de démonstration. Eärendil-1 doit déployer à environ 625 km d'altitude un réflecteur souple de 18 mètres de côté, capable de projeter au sol une tache lumineuse d'environ 5 km de large. Plus de 1 800 commentaires, en grande majorité hostiles, n'ont pas fait plier l'agence. L'entreprise y a vu "une formidable validation" et a vanté les garde-fous intégrés à sa technologie.
We're grateful to the @FCC for granting our application to fly our test mission!This ruling is hugely validating for our company and reflects America's leadership in testing innovative space technology.We're excited to validate the guardrails we have built into our technology… pic.twitter.com/6CldTDfDHh
Le 6 août, Earthjustice a demandé un réexamen au nom de DarkSky International et de plusieurs associations. Reflect Orbital vise toujours plus de 50 000 satellites d'ici 2035. Mi-octobre, elle a réservé deux lancements auprès de l'entreprise indienne Skyroot Aerospace, sur ses fusées Vikram.