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En l'Isère, une usine Framatome victime d'un important vol de hafnium
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Près de Grenoble (Isère), une usine Framatome spécialisée dans la production de hafnium a été victime d’un vol de près de 900 kilos de ce métal stratégique, estimé à plusieurs millions d’euros. Il s’agit du septième vol recensé sur le site en sept ans. Face à ces intrusions répétées, les soupçons de complicités et les possibles ramifications à l’étranger interrogent les autorités.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Une usine dans la tourmente après le vol d'un métal rare, hautement stratégique. Lorsque nous tentons d'approcher les salariés, tous refusent de nous parler. Les mesures de sécurité ont été renforcées. Car cette usine Framatome, près de Grenoble (Isère), a été la cible d'un vol spectaculaire. Près d'une tonne de métal rare, l'hafnium, a été dérobée pour plusieurs millions d'euros. Cette usine est la seule en France à le produire. Il n'existe pas de mine de hafnium, c'est un produit raffiné issu d'un autre métal, le zirconium. Capable de résister à des températures extrêmes, il est utilisé dans l'industrie nucléaire, la défense pour la construction de Rafale, de sous-marins, de drones d'attaque ou encore dans le domaine de l'intelligence artificielle.
Le 22 octobre dernier, à trois heures du matin, un 4x4 et trois autres véhicules arrivent devant l'usine. Impossible d'entrer. Les voleurs décident alors de passer par une entreprise adjacente. Ils traversent un transformateur électrique au péril de leur vie. Puis l'un des voleurs tombe nez à nez avec un salarié qui prévient immédiatement les gendarmes. Mais ils arriveront trop tard. En moins de cinq minutes, les voleurs s'emparent de 30 fûts de hafnium, l'équivalent de 900 kilos. Les quatre véhicules, incendiés, sont retrouvés dans le nord du département.
C'est le septième vol en sept ans dans cette usine pourtant classée Seveso seuil haut, et donc sécurisée. Julien Brugerolles, député (PCF) du Puy-de-Dôme, avait déjà été interpellé par des salariés qui s'inquiétaient de ces vols à répétition. Il avait alors posé une question au gouvernement, restée sans réponse. "Ça me paraît assez évident qu'effectivement il y a eu à un moment donné des complicités internes, au moins sur la connaissance du site industriel, du site de stockage. C'est sans doute une vente déguisée et un réseau qui est structuré", estime-t-il. En août dernier, un salarié de l'usine était placé en détention provisoire. À son domicile, 150 kilos de hafnium et plus de 500 000 euros en liquide ont été retrouvés. Le prix à la revente de l'hafnium a explosé : 900 euros le kilo en 2022, 10 000 euros le kilo aujourd'hui.
La France, la Chine et les États-Unis sont les trois seuls producteurs mondiaux. Mais qui peut être intéressé par l'achat de ces stocks volés ? "On ne le trouve pas sur Amazon, ni sur Leboncoin. C'est un marché très particulier, assez complexe, pour pouvoir l'utiliser dans des alliages pour de l'industrie aéronautique ou pour de l'industrie de défense. Je pense que ce sont plutôt des vols qui ont eu lieu à destination d'acteurs étrangers, et sans doute que la matière a déjà quitté le territoire", détaille Christophe Poinssot, directeur général délégué du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM).
Ces nombreux vols d'un produit hautement stratégique interrogent. Le renseignement intérieur français a été placé en observateur.
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