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Publicité Brave : « Nous n'avons besoin de savoir absolument rien sur l'utilisateur » - Interview
Brave mise sur la publicité sans pistage que ce soit au sein de son moteur de recherche, mais aussi, prochainement, dans les réponses de son assistant IA. Jean-Paul Schmetz a fondé ce qui est devenu aujourd’hui Brave Search. Il détaille ce modèle, l’arrivée des annonces dans les chatbots et son regard sur la régulation européenne.
Un navigateur qui bloque les traqueurs mais qui vend de la publicité. Voilà une équation qui semble assez improbable ou, au minimum, qui nous laisse un peu dubitatifs. C'est pourtant le pari de Brave. Alors que ChatGPT a lancé en février ses propres publicités dans les réponses générées, l’entreprise affirme pouvoir monétiser sa recherche sans profil ni retargeting. Nous avons échangé avec Jean-Paul Schmetz. Ce dernier a commencé ses travaux dès 2008 en Allemagne, en adoptant une vision européenne de la vie privée. Il a ensuite fusionné avec Brave en 2021.
Brave se fait une place dans la publicité sur les moteurs de recherche. D’emblée dites-nous les données que vous analysez. Le pays ? Le type d’appareil ?
Jean-Paul Schmetz : Surtout la requête et la langue. On parle de « search advertising », mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la publicité classique. Dans la publicité normale, il y a toujours un concept de groupe cible, de profil : « j’aimerais atteindre les 15-24 ans ». Presque par défaut, cela pousse à apprendre un maximum de choses sur ses utilisateurs. La publicité dans un moteur de recherche est beaucoup plus simple. Si quelqu’un veut acheter du rouge à lèvres, tout le monde se moque de savoir si c’est un homme ou une femme. S’il écrit « rouge à lèvres » en français depuis la France, on lui montre une annonce en français, parce qu’il a utilisé des mots français et qu'il est en France. Ce n’est pas du targeting comme dans la publicité normale, c'est simplement donner aux gens ce qu’ils nous demandent.
Son but, c’est d’acheter du rouge à lèvres, pas d’obtenir des informations sur le rouge à lèvres. Il faut donc lui donner un lien qui lui permette d’acheter, parce que c'est ce qui complète sa demande. Un moteur de recherche doit couvrir toutes les requêtes, et il y en a peut-être 10 à 20 % qui sont commerciales par nature. C'est là que nous plaçons des annonces, jamais ailleurs, parce que cela ne servirait à rien. Pour ces requêtes, nous envoyons l’utilisateur là où il peut acheter des chaussures, réserver un hôtel ou souscrire une carte de crédit. Nous lui donnons la possibilité de conclure sa transaction. Nous n’avons besoin de savoir absolument rien sur l’utilisateur, à part la langue qu’il parle, le pays où il se trouve et ce qu'il veut obtenir.
D’accord, mais quand quelqu’un voit une annonce sur Brave Search et clique dessus, que se passe-t-il ensuite, notamment du côté de l’annonceur ?
JP. S : Pas grand-chose, et c’est une très bonne question. De notre côté, nous mesurons qu’une personne a cliqué sur un lien pour acheter quelque chose, mais nous ne savons pas qui c’est. Nous n’avons pas de profil, pas de connexion avec un compte comme chez Google. Le clic arrive ensuite chez l’annonceur. Dans 80 % des cas, l’utilisateur sera dans le navigateur Brave, et dans 20 % des cas peut-être dans Chrome. S’il est sur Brave, nous ne chargeons pas Google Analytics, et il n’y a pas tout un tas de scripts qui le suivent.
Dans un monde idéal, la personne achète son rouge à lèvres et saisit son adresse. Ce n’est pas un problème de vie privée : il y a une transaction, et l’annonceur le sait. En revanche, il n’y aura pas de retargeting. Dix minutes plus tard, l’utilisateur n’ira pas sur YouTube pour y voir une publicité pour le rouge à lèvres qu’il n’a pas acheté chez l’annonceur. Cela n’arrivera pas, parce que tous ces systèmes sont bloqués dans Brave.
Pour être bien clair sur le fonctionnement, une fois la requête effectuée dans Brave Search, l'internaute clique et se retrouve sur le site de l’annonceur et les scripts sont bloqués dans le navigateur Brave, mais pas dans les autres navigateurs