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"Des violences multiples et répétées dans le temps" : la vie de sévices et misère d'Inass Touloub, "petite martyre de l'A10"
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Des photos de la fillette de 4 ans ont été projetées au tribunal de Blois, provoquant un malaise de sa mère, Halima El Bakhti, évacuée par les pompiers mercredi, en fin d'après-midi.
Cet article contient des descriptions difficiles, susceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs.
Certains quittent la salle d'audience, d'autres pleurent et la mère de la petite Inass perd pied. Au troisième jour de son procès, mercredi 4 novembre, Halima El Bakhti, 72 ans, a été confrontée aux photos du corps supplicié de sa fille de 4 ans prises à la morgue, en août 1987. Inass Touloub venait d'être retrouvée sans vie, enroulée dans une couverture bleue, au kilomètre 135 de l'autoroute A10. Sa mère, jugée depuis lundi pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a fait un malaise à la vue de ces clichés insoutenables, avant d'être prise en charge par les pompiers dans la foulée.
D'abord recroquevillée sur sa chaise, vêtue d'un manteau qu'elle ne retire jamais, la septuagénaire a longuement fixé le sol lorsque Pauline Saint-Martin, cheffe du service de médecine légale au CHRU de Tours (Indre-et-Loire), a déroulé son rapport. Celui d'une vie de misères. La médecin légiste de renom, qui a travaillé à partir de l'autopsie réalisée trente-neuf ans auparavant par son prédécesseur, a projeté un schéma du corps de la fillette. "En rouge, j'ai marqué les fractures et en bleu, les lésions cutanées", précise-t-elle à la barre, face à la cour d'assises du Loir-et-Cher. Les petites flèches rouges et bleues recouvrent le dessin, des pieds à la tête.
Pauline Saint-Martin liste chaque sévice retrouvé sur le corps de l'enfant. "Sur le front, deux abrasions", "sur le thorax, des lésions cicatricielles arrondies, en forme de morsures", "au niveau des fesses, lésions importantes et multiples", "cuisses : deux lésions cicatricielles", détaille-t-elle pendant quinze longues minutes.
Son propos devient encore plus concret. Les différentes marques observées lui évoquent "des gifles, des coups de poing, des coups de pied. Je pense qu'il y a eu l'utilisation d'un ou plusieurs objets." L'experte note une absence de "recours aux soins" concernant la fillette.
"Il y a des lésions que l'on ne peut pas expliquer par autre chose que des violences multiples et répétées dans le temps."
La légiste estime que le décès de l'enfant, à la santé "très fragilisée", constitue la somme de ces sévices. Il n'a pas été "brutal", dans la mesure où il n'y a pas "d'hémorragie visible". Inass Touloub a vécu "une période d'agonie dont on ne peut pas déterminer la durée".
"Que dire de la douleur de cette petite fille ? A Tours, on décompte 1 400 enfants maltraités par an. Il est difficile de mettre les souffrances des victimes en compétition. Mais là, on observe une association des lésions les plus douloureuses : les brûlures notamment, les morsures, l'arrachage de peau et les fractures aussi. C'est un peu hors norme", déclare sobrement la médecin.